Le grand fleuve sacré du Gange, colonne vertébrale de la civilisation indienne depuis des millénaires, occupe naturellement une place centrale dans la tradition hindouiste. À tel point que les fidèles entreprennent de lourds pèlerinages à travers toute l’Inde pour laver leur esprit dans ce qui est pourtant l’un des fleuves les plus pollués du monde. C’est là le dilemme auquel furent confrontés les centaines de milliers de travailleurs indiens importés par les Britanniques à l’île Maurice : quelque 3 000 kilomètres d’océan les séparaient de leur terre mère et de son fleuve sacré. Leur solution ? Apporter le Gange avec eux.

Dans un lac de cratère isolé au cœur des montagnes verdoyantes du sud de Maurice repose le paisible Grand Bassin. En 1866, un ancien travailleur sous contrat, Pandit Sanjibonlal, revenu d’Inde avec une cargaison de textiles, fit fortune à son retour. Parmi ses investissements, il acheta une propriété au bord du lac et finança la construction d’un temple dédié à Shiva. Il entreprit ensuite de faire du site un lieu de culte reconnu.
Diverses fables ont alors émergé pour affirmer la connexion sacrée entre le lac et le Gange. La plus populaire raconte qu’un prêtre nommé Shri Jhummon Giri Gosagne Napal rêva de la déesse Ganga Mata (personnification du Gange) remplissant le lac de ses eaux sacrées. En 1972 — dans un acte aussi symbolique qu’absurde que celui des chrétiens orthodoxes transportant le Feu sacré en avion — des prêtres hindous ont acheminé une quantité d’eau contaminée du Gange pour la verser dans le lac de montagne immaculé, scellant ainsi le lien symbolique.
Depuis, le Grand Bassin a été rebaptisé Ganga Talao (littéralement « le lac du Gange ») et est vénéré comme l’un des sanctuaires hindous les plus sacrés hors du sous-continent indien. À l’approche de la fête annuelle de Maha Shivaratri, de février à début mars, des centaines de milliers d’Hindous mauriciens, souvent à pied et parfois pieds nus, entament un pèlerinage vers le lac.
Puisque nous nous trouvions à Maurice pendant ces jours-là, l’événement nous a paru une idée parfaite pour une excursion d’un jour. Le matin précédant la Grande Nuit de Shiva — point culminant du festival — nous avons enfourché notre scooter et pris la route vers le Grand Bassin.
Les prévisions météo étaient inquiétantes et le ciel menaçant, mais seule une légère bruine nous accompagna sur la route. Des bouchons se formaient près du lac, et la police redirigeait le trafic par des déviations. En plus des voitures, les pèlerins à pied, portant bannières et chars à bras, contribuaient à l’encombrement. En deux-roues, nous avons pu zigzaguer à travers.
Les foules arrivaient en voitures privées ou en bus sur un parking presque complet à 2 km du site. Le grand parking sur place était déjà plein depuis longtemps. La pluie se déclencha au moment même où nous trouvions un coin pour garer notre moto.
Nous nous sommes abrités sous un auvent devant une cuisine bénévole installée près du parking. Les cuisiniers, entourés de gigantesques marmites, demandaient des dons avec l’assurance typique des temples hindous. Les gens faisaient la queue pour un repas gratuit, et nous aussi. Curieux de voir des visiteurs étrangers, les autres fidèles nous firent gentiment passer devant. On nous servit du halwa et du thé chai. Une entrée par le dessert, en attendant le plat principal : un biryani bien garni. Ce n’était qu’une des nombreuses cuisines bénévoles installées autour du lac pour le festival.



Lorsque la pluie s’allégea, nous sommes partis explorer. Nous avons commencé par le temple dédié à Hanuman, le dieu-singe, perché sur une colline au sud du lac. Une file ininterrompue de fidèles montait et descendait les escaliers. Le temple, petit et polygonal, était fait de murs vitrés. Au centre, une effigie du primate divin. Les fidèles enlevaient leurs chaussures, sonnaient la cloche à l’entrée, puis entraient pour solliciter ses bénédictions. Devant le temple, ils déposaient des bâtons d’encens, des pommes, des noix de coco et — logique oblige — des bananes.



Nous avons profité de la vue : le lac lové dans le paysage verdoyant, les statues géantes de Shiva émergeant de la brume. En redescendant, un pèlerin népalais nous a abordés pour un selfie. Il devait faire partie des nombreux touristes religieux venus pour l’occasion.

Alors que la pluie allait et venait le reste de la journée, nous avons longé les rives du lac. Des pèlerins en habits colorés et au front peint défilaient sur la promenade. Dans l’air flottait un puissant parfum d’encens, accompagné de chants et de prêches diffusés par mégaphones depuis les temples successifs. Les fidèles faisaient la queue devant les innombrables sanctuaires pour y déposer leurs offrandes. Le sol était glissant de jus de noix de coco. Les seuls non-Hindous présents étaient quelques touristes, et quelques Créoles en tentes, employés comme agents de sécurité ou nettoyeurs.









Nous avons fini sur le parking nord, en contrebas des statues de Shiva, là où se concentraient les cuisines bénévoles. Après un déjeuner copieux, nous avons repris la route vers Mahébourg.

Photos
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